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:: [interview 2011]SebastiAn @ les inrocks ::

 
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Storm.Groover
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MessagePosté le: Jeu 30 Juin - 11:05 (2011)    Sujet du message: [interview 2011]SebastiAn @ les inrocks Répondre en citant

A rebours d’une electro actuelle qu’il trouve trop formatée, ce fidèle du label Ed Banger sort un album démesuré qui malmène le genre. Critique et écoute.

"Je suis content qu’on se retrouve ici. Dans les locaux de ma maison de disques, je me sens surveillé.” Sebastian a donné rendez-vous dans un café près de chez lui, place de la République à Paris. Il l’affectionne particulièrement parce qu’on peut encore y fumer à l’intérieur, sur la terrasse semi-ouverte.

Chemise et jean noirs, le look est sobre, à mille lieues de la dégaine pétaradante hispter skater de ses collègues du label Ed Banger, Pedro Winter, Mehdi ou Justice. “Quand tu vois Pedro, t’as mal aux yeux, plaisante-t-il. Ed Banger a une identité visuelle très marquée, ils sont tous graphistes. Jusqu’à présent, je les ai laissés faire ce qu’ils voulaient. La seule chose sur laquelle je suis intervenu, c’est la pochette de mon album.”
Son premier disque sort ces jours-ci. En noir et blanc, le visuel tranche totalement avec les codes maison et plus généralement avec ceux de la musique électronique. Photographié par Mondino dans un style qui rappelle volontairement celui de Mapplethorpe, Sebastian, dédoublé, se roule une pelle. “J’avais envie de faire une blague sérieuse sur l’ego d’un artiste qui se nourrit de lui-même, se dévore. Et puis quitte à me montrer, autant me montrer vraiment. J’aime pas trop ma gueule.”

Contre Ed Banger, tout contre : ainsi pourrait-on résumer la position de Sebastian, qui a incarné ces dernières années la face la plus sombre du label électronique parisien. Moins dans la lumière que ses compatriotes Justice mais tout aussi essentiel : présents dès la création du label, ses remixes et ses singles ont façonné les bases sonores du label, ces basses funkoïdes, saturées et viciées devenues une marque de fabrique dans les années 2000.
“Dans un canard, je suis tombé sur l’adresse de Pedro qui montait Ed Banger. Je l’ai contacté et il a accepté de me recevoir, je ne sais pas pourquoi. Je n’avais pas de réseau, rien. Je lui ai fait écouter mes productions. La semaine suivante, il me signait.”

C’était il y a huit ans. A l’époque, Sebastian, 20 ans, n’a réalisé qu’une poignée de prods pour les rappeurs de La Cliqua et quelques autres “trucs hybrides”. Depuis son adolescence, il bidouille sur un vieil Atari. “Pour un mec de 13 ans, ce que promettaient les ordinateurs me semblait plus excitant que des cours de guitare. J’ai été happé très rapidement.” Happé et visiblement doué : à 14 ans, il produit un des albums de Jean-Louis Costes via Rectangle, le label de son frère de quinze ans son aîné, le guitariste expérimental Noël Akchoté. “Costes, c’est plus qu’un performer : un sociologue, un mélange entre Artaud et Iggy Pop, même si la musique c’est du gerbi…” Costes envoie soixante-dix morceaux en deux jours. Sebastian reprend le tout et colle une production hip-hop. “Ça a donné l’album.”

Aux côtés de son frère, le jeune Sebastian côtoie l’underground parisien. Costes donc mais aussi Alan Vega, Topor, les cinéastes Straub et Huillet ou l’avocat Jacques Vergès, relation de la famille. “A 8 ans, Noël m’emmenait souvent aux Instants chavirés, la salle de concerts de Montreuil. J’y ai vu des travelos, des trucs incroyables. A l’époque, je n’avais pas le recul nécessaire pour comprendre. Pour moi, la transmission culturelle s’est toujours faite de façon affective. Mon frère, des amis. L’école, ça ne marchait pas. Je ne faisais des études que pour rassurer ma mère et avoir la Sécu.”
Sa mère, Serbe née à Belgrade, bosse alors dans un kebab, ce qui lui laisse peu de temps pour s’occuper des garçons. Son père, architecte d’origine turque, est mort quand Sebastian avait un an. L’enfance se déroule donc entre Paris et la Yougoslavie, où vit la famille côté maternel. “Je n’ai jamais eu la sensation d’être ballotté, au contraire. J’avais les deux cultures. J’y retourne souvent, c’est très vivant. Les pays dans la merde ou au contraire très puissants sont ceux où il se passe quelque chose. Le pire, ce sont les situations moyennes comme en France. Ça donne une culture molle.”

A Belgrade, la famille est très politisée. Le grandpère a été l’ingénieur militaire de Tito. “Il y avait une fierté familiale, c’est un des seuls peuples à avoir envoyé paître les Allemands pendant la guerre. Chaque dimanche, j’assistais à des réunions où mon grand-père expliquait comment une balle entourée de plastique entre mieux dans la tête.” Au milieu des années 90, en pleine guerre des Balkans, les allers-retours se raréfient et la famille se stabilise à Paris. La scolarité est assez décousue. Sommé de choisir une spécialisation, Sebastian opte pour un BEP comptabilité. “J’ai pris l’école la plus proche de chez moi. C’était tellement le bordel que je pouvais sortir quand je voulais. Je n’ai jamais autant lu que quand j’étais en BEP”, se souvient-il.
Diplômé, il bosse pendant deux ans à la Défense, chez Pechiney. “J’ai détesté. Mais qui aime ça ? Aujourd’hui, de l’intérieur, ce qui se passe en club ne me paraît pas si éloigné de ce monde-là. Le DJ remplit désormais une fonction du secteur tertiaire. Le blouson de cuir qui va avec la mixette, ça devient le nouveau costard. Même les logiciels de compta se rapprochent de ceux de composition électronique : tu remplis des cases. Il faut trouver comment s’en dégager.”

C’est tout l’enjeu de Total, ce premier album longuement mûri. Le musicien souhaitait en effet se démarquer du “son Justice” qui s’est généralisé dans les clubs avec la sortie de l’album du duo en 2007. “Quand une chose est faite, ça ne m’intéresse plus. Je me demande aussitôt ce qu’on peut faire d’autre”, précise-t-il. Avec ses vingtdeux titres, son côté foutraque, on pourrait penser que le jeune homme, emporté par une démesure toute slave, a voulu présenter un disque somme pour écraser la concurrence. Fausse piste. On entre dans Total comme dans un journal intime, au plus près du processus de création, des humeurs et fluctuations internes de son auteur. Sebastian y a compilé le meilleur de ses productions depuis ses débuts. “J’avais proposé à Pedro soixante-six titres, il a refusé. J’ai dû me restreindre à vingt-deux.”

Certains morceaux tels que Ross Ross Ross figuraient parmi ceux qu’il avait présentés dès le début à Pedro Winter il y a huit ans. On retrouve aussi des interludes comme dans les albums de hip-hop, des collusions fantastiques entre culture scratch à la DJ Premier et house filtrée apprise chez Daft Punk. Et partout, ce côté punk, cette volonté insatiable d’expérimenter. Peu évident, râpeux par endroits, Total s’écoute comme on regarde un film de Werner Herzog : en acceptant sa part de folie, d’incontrôlé, de raté aussi.

A l’inverse de Justice, qui recherche une certaine perfection pop à la Michael Jackson, Sebastian poursuit un idéal de l’album expérimental à la Prince, qui préfère les questions aux réponses et malmène un genre jusqu’à son extrême limite. Quitte à choquer et provoquer l’incompréhension ? Pour son premier live à La Villette, le producteur est apparu les bras tendus derrière un pupitre, entouré de banderoles rouges et noires, au son d’une Marseillaise techno et saturée. Derrière lui un drapeau français et une installation vidéo où clignotait entre autres le slogan “Votez Sebastian en 2012”.

Le lendemain, sur les forums electro, certains criaient à l’installation fasciste, à la récupération naïve des thèmes de l’identité nationale. “Avec Xavier Magot (concepteur du live – ndlr), nous voulions un show qui se présente comme le miroir hypertrophié de la réalité, y compris en ce qui concerne le public. Pour moi, c’est réussi si les gens se posent des questions sur leur place au sein de ce dispositif. Quant aux sempiternelles références au fascisme, c’est un peu léger. C’est facho, le drapeau français ? Nous voulions aussi en finir avec cette espèce de surenchère technologique qui a cours dans les ‘live électroniques’. Lassés des formes géométriques systématiques qui renvoient immédiatement à la grille esthétique d’une console PlayStation, et donc au ludique, nous avions envie de retrouver une réalité brute.” Brut, punk et traversé d’humour noir, comme sa musique.



source: lesinrocks.com
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MessagePosté le: Jeu 30 Juin - 11:05 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Geek Of Nazareth

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MessagePosté le: Jeu 30 Juin - 13:46 (2011)    Sujet du message: [interview 2011]SebastiAn @ les inrocks Répondre en citant

Vachement instructif je trouve. Impressionnant d'avoir un aperçût de ce qui se passe (ou peut se passer) dans l'esprit de Sebastian. Je pense que je préfère la musique de Justice. Mais je pense aussi que je préfère la personnalité de Sebastian.
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Storm.Groover
Administrateur

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MessagePosté le: Jeu 30 Juin - 13:48 (2011)    Sujet du message: [interview 2011]SebastiAn @ les inrocks Répondre en citant

C'est vrai que c'est sa 1ere VRAI interview, ou il raconte VRAIMENT des choses sur lui. ça rends la compréhension de son album beaucoup plus fluide et cohérente que de prime abord (même si perso son album je l'ai aimé dès la 1ere écoute, malgré quelques tracks ou j'étais moins fan).
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lenain55
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MessagePosté le: Ven 1 Juil - 00:46 (2011)    Sujet du message: [interview 2011]SebastiAn @ les inrocks Répondre en citant

Effectivement : très très intéressante cette interview. Super merci de l'avoir partagé!
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Jeanmichel144
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MessagePosté le: Ven 1 Juil - 08:06 (2011)    Sujet du message: [interview 2011]SebastiAn @ les inrocks Répondre en citant

Je ne sais pas pourquoi mais je préférais beaucoup mieux le temps ou SebastiAn ne se dévoilait pas comme ça
Ah ! quelle belle époque ces moments où l'on se demandait qui était ce mec venu de nulle part incapable d'aligner quatre phrases de suite et qui provoquait les plus incroyables rumeurs .
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MessagePosté le: Ven 1 Juil - 15:08 (2011)    Sujet du message: [interview 2011]SebastiAn @ les inrocks Répondre en citant

C'etait marrant, certes, mais en apprendre petit à petit aussi est bon pour ses fans.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 02:03 (2016)    Sujet du message: [interview 2011]SebastiAn @ les inrocks

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